ces derniers mois

Comment, en n’ayant pas noté cela ici au jour le jour, refaire la liste de tous les livres lus depuis cet hiver ? C’était foisonnant et tentaculaire. Tous les week-end, les bouquinistes du marché sur le port de Caen me permettent de faire des provisions à moindre coût. Le temps libre, la compulsion heureuse. Une errance et des thématiques. On en retrouve quelques uns sur Facebook, avec des citations. Ce dernier lieu ayant finalement pris en charge, mais plus légèrement, plus sporadiquement ce que je faisais ici.

Je me décide enfin à mettre à jour le photoblog. Il y a des brouillons dans Bribes et déphrasements. Ce n’est pas visible. Ça ne fait pas tout à fait sens. Des errances, de nouveaux lieux stimulent d’autres projets. Ça prendra le temps que ça prendra. Ici, tout est lent. Et pourquoi faudrait-il accélérer les choses ? L’errance.

Paris est loin. Paris n’est plus photographiable au présent. Elle est encore écrite, surtout dite. L’exil a transformé le regard et la phrase. Ce qui obsède, c’est ici.

Aussi, pour les oreilles, on peut trouver en vidéo, des extraits de concerts sur un truc appelé Orange pOisson. Je ne filme pas. Je n’aime pas filmer ou photographier les concerts, sans quoi, je ne peux pas écouter, sentir.

Comment écrit-on la musique ? J’ai tout une bibliographie. Je parlerai de mes découvertes. C’est en montage. On y reviendra.

oreilles !

concerts pour tripes (sélection sur plus de 10 soirées enchaînées)

- Hiroshima rocks around (Italie)
- One fuck one (Italie)
- Will Guthrie (Australie)
- Stock Exchange (France)
- Vibro Rats Singer (France)
- Monocrix Arkhestra (France)
- Stig Noise (GB)

picorer

Hélène BESSETTE, Le Divorce interrompu, (Le Manteau d’Arlequin, NRF)
Pierre BOURDIEU, dir., La Misère du monde, (Seuils, Points)
Catherine BRUN, Pierre Guyotat, essai biographique, (Léo Scheer)
Julien CAMPREDON, Brûlons tous ces punks pour l’amour des elfes, (Monsieur Toussaint Louverture).
Frederick HEXLEY, Le Dernier stade de la soif, (Monsieur Toussaint Louverture)
Jean VALLIER, C’était Marguerite Duras. Tome II, 1946-1996, (Fayard)

re-penser

se lancer dans l’idée d’un projet de revue, avoir l’envie d’éditer de petites choses, c’est à un moment ou un autre, se confronter à plusieurs questions de taille, teintées en ces temps disons - troubles, par des enjeux relevant de l’économique et du politique. ces deux derniers aspects combinés poussent à prendre des décisions fortes qui vont influer non seulement sur le catalogue, aussi sur les moyens et supports de fabrication et de diffusion.

depuis mon installation à Caen, la découverte et la participation à certains projets que j’appellerai alternatifs, ont affirmé la voie que je souhaite désormais prendre. c’est un chemin qui, en apparence très politisé, donne paradoxalement l’occasion de refocaliser le travail sur ce qui importe le plus : les textes et/ou les images.

depuis la vie parisienne et ses modalités de rapport au culturel, où tout objet finit par devenir signe classifiant, distinctif et à la fois englobant. même, où tout objet finit par devenir produit culturel et tout usager de cet objet devient un consommateur, quelque chose faisait urgence, demandait de tenter de forcer ce mouvement de récupération quasi-immédiate, troubler les signes, forcer les cadres, refaire peau neuve et reprendre la langue à bras le corps.

tout cela donne aujourd’hui le projet nommé Sale Bête. la revue reste en sommeil, tant penser la structure d’édition m’a obsédée et à contaminé tout le reste. j’ai finalement passé mon été à me former aux possibilités de l’édition en ligne, à la fabrication de livres au format numérique. mais ceci, sans oublier le support papier, ne mettant pas les deux en concurrence, en guerre de hiérarchisation, comme dans les années 50 et surtout, le milieu des années 60 on a vu naître une querelle autour du livre de poche (on pourra glaner ici et là quelques petites choses sur le sujet en écoutant les cours d’Antoine Compagnon : 1966 : Annus mirabilis sur le site du Collège de France).

il y a quelque temps de cela, j’étais fascinée par les jolis livres des cartoneros de Buenos Aires. après ces deux dernières années à découvrir plus avant une scène musicale très indépendante où des concerts se font et des disques se distribuent hors circuit ou structure coutumière. le choix s’est fait malgré moi.

je dois ajouter que, par extension, ce choix a donné une nouvelle teinte à mon travail. ou plutôt, cela à accusé des traits présents depuis le début. parce que finalement, ce n’était pas anodin de choisir de réaliser des projets à destination de l’Internet, de vivre cette difficulté de rapport à la reconnaissance sociale qui éloignait tant mes travaux d’un possible du livre, objet fétiche. mais l’Internet pas plus que le papier permet la réalisation du livre idéal. celui-là, quelque soit le support, ne sera jamais écrit. ce livre-là, on en fait le deuil écrivant le texte possible.

pour le coup, j’ai pensé reprendre tous les sites depuis le début et les remettre en page au format PDF et e-Pub. ce serait un travail absolument fou et assez complexe. mais je n’en ai pas encore totalement abandonné l’idée. même, elle reprend vigueur puisque grâce à la générosité d’un ami, je suis de nouveau équipée d’un ordinateur avec lequel je peux travailler convenablement. le principal frein à cette idée vient plutôt du fait que, remettre le nez dans ces vieux travaux me rend très critique à leur égard. ils sont désormais si loin de moi que j’ai du mal à leur trouver une actualité, une légitimité et croire encore en leur qualité.

en ce qui concerne mon rapport au travail pour l’Internet aujourd’hui : avec Bribes et Déphrasements, j’ai tenté de revenir à l’ancien principe du un texte par jour (ou presque), mais je ne parviens plus à appliquer cette discipline-là. j’ai la sensation que chaque petit texte écrit pour ce site distrait de l’écriture du gros texte en projet depuis si longtemps. j’accepte bien plus facilement de mettre une photo par jour dans l’œil et l’intégrer ensuite à une série que de faire un texte par jour et l’intégrer ensuite au gros texte. évidemment, le travail de l’image n’est pas le même : elle est transposée dans la série sans retravail, alors que le fragment quotidien doit passer par la réécriture pour trouver sa place dans le récit.

l’achat d’un nouvel appareil photo a réactivé l’envie de photographier tous les jours. l’œil est donc actualisé quotidiennement. en revanche, rien ne remotive l’écriture quotidienne. même pour le récit, je n’écris pas tous les jours. certains livres, certaines situations font déclencheurs. mais la manière dont s’articule aujourd’hui mon quotidien, le temps que prennent tous les projets fait que je ne me trouve plus dans la même disponibilité. et sûrement, avec l’âge, ce qui était facilité de jeunesse, impulsion évidente se charge de tant de tensions idiotes, d’impuissance orgueilleuse, de fausses questions qui font que le faire est sans cesse reporté par du trop penser.

une relecture de certains passages de Le Livre à venir de Blanchot ne serait pas inutile.

Lectures d’été.

Laure ADLER, La Vie quotidienne dans les maisons closes, 1830-1930, (Hachette)
Dimitri BORTNIKOV, Repas de morts, (Allia)
Michel FARDOULIS-LAGRANGE, Le Texte inconnu, (José Corti)
Michel FARDOULIS-LAGRANGE, L’Inachèvement, (José Corti)
Pierre GUYOTAT, Carnets de bord. Volume 1, 1962-1969, (Lignes, Manifeste)
Éric HAZAN, L’Invention de Paris, (Seuil, Points)
Georges HENEIN, Œuvres, (Denoël)
Fringe KARINTHY, Danse sur la corde, (Cambourakis)
Tadeusz KONWICKY, La Petite apocalypse, (Robert Laffont, Pavillons)
Tadeusz KONWICKY, Le Complexe polonais, (Robert Laffont, Pavillons)
Paul LÉAUTAUD, Journal littéraire, (Mercure de France)
Paul LÉAUTAUD, Journal particulier, 1933, (Mercure de France)
Robert LUCOT, Recadrages, (POL)
Icchokas MARAS, La Partie n’est jamais nulle, (Stock, Les Mots Étrangers)
Laurent MAUVIGNIER, Le Lien, (Minuit)
Henri de MONTHERLANT, La Reine morte, (Gallimard, Folio)
Heiner MULLER, La Bataille et autres textes, (Minuit)
Jerzy PILCH, Sous l’aile d’un ange, (Noir sur Blanc)
Pascal QUIGNARD, La Barque silencieuse, (Seuil)
Duong THU HONG, Terre des oublis, (Le Livre de Poche)
Jean VALIER, C’était Marguerite Duras. Tome 1, 1914-1945, (Fayard)
Marina de VAN, Passer la nuit, (Allia)

sinon.

Pascal QUIGNARD, L’Enfant au visage couleur de la mort, (Galilée)
Hélène BESSETTE, N’avez-vous pas froid ?, (Léo Sheer)
Jean ECHENOZ, Des éclairs, (Minuit)
Laurent MAUVIGNIER, Ce que j’appelle oubli, (Minuit)
Alain MABANCKOU, Mémoires de porc-épic, (Seuil)
Pierre MEROT, Petit-camp, suivi de Crucifiction, (Flammarion)
Pierre MEROT, L’Irréaliste, (Flammarion)
Stanilaw Jerzy LEC, Pensées échevelées, (Noir sur Blanc)
Roger MUNIER, Le Moins du monde, (Gallimard)
Christian HUBIN, La Forêt de fragments, (Corti)
Serge DOUBROVSKY, Laissé pour conte, (Grasset)

composition

avec ces images de chantiers ou de ruines à Paris et sur la presqu’île de Caen, quelque chose se raconte pour moi. quelque chose qui part de ces lieux en perpétuelle construction où je me sentais ruinée et de ces ruines où je me sens construite.
lorsque le paysage industriel est gagné par l’érosion, le vivant revient, le vivant est là d’évidence. même en absence.
depuis moi, je dis cela, mais pour celui qui regardera mes images telles que je les ai faites, ça ne se dira pas. il ne verra que des figures d’absence, de départ, d’abandon.
pourtant, cela m’est évident, les objets, les lieux débarrassés de leur fonction assignée, les objets délaissés ou brisés, c’est le vivant. c’est enfin, la sortie du fonctionnel.

j’ai trié les images. quelques unes sélectionnées sont accrochées sur le mur à côté du bureau. il y a des compositions évidentes par la continuité des lignes d’une image à l’autre. mais ce n’est pas ce que je cherche.
en images, comme en texte. ma parole est rompue. toujours brisée. des échos dans le vide, mais pas un flux continu.
je cherche encore, et cette fois, une autre forme que les grands composites utilisés pour les précédents projets.

expectative

hier, commande d’une centaine de tirages (petits, de test). ce sont donc majoritairement des images de la presqu’île de Caen : paysage industriel, zones laissées à l’abandon, chantiers. aussi, la série de chaises vides que je traîne depuis plus d’un an.
idéalement, je voudrais en tirer 3, 5, grand maximum 7 composites.
ça parle de la guerre latente sur les territoires urbains. cette guerre insidieuse dans nos pays du nord. celle qui éventre les lieux pour les normer au mépris de la vie qui s’y fait.
ça parle de la presqu’île de Caen et raconte pourquoi j’ai quitté Paris. ça justifie l’exil de cette ville trop fonctionnelle pour que désormais, on puisse vraiment y faire ce qui s’appelle vivre. vivre droit comme un humain et non courbé sous des contingences.

la série s’appellera Ruines ou La Guerre ou L’Exil ou je ne sais pas.

ce qu’il en est.

à vrai dire, ces derniers mois, régler les contingences matérielles aura pris bien trop de temps et d’énergie pour qu’il soit possible de donner toute la concentration nécessaire aux projets en route ou à définir.
les pressions du monde extérieur sont une dévoration dont il est bien difficile de se détacher. elles sont cause d’une angoisse absolument annihilante qui mettrait presque l’être à bas.

heureusement, il aura suffit de quelques éléments déclencheurs pour que les choses s’arrangent et que la furie d’invention et l’apprentissage reprennent la place qui leur est due : toute la place.

reste ce problème d’ordinateur, d’appareil photo poussif. je choisis de transformer ces aléas en contraintes pour les projets en route. et finalement, en y repensant, cela fait sens.
la débrouillardise, le refus de la consommation à outrance me sont des lignes de bataille. en parallèle, ne pas de considérer l’invention comme nécessitant une débauche de moyens me semble être un point important. la mesure des possibles immédiats et non l’excès qui ne fait que transformer le créateur en une espèce d’abject d’artistocrate piaillant les subventions d’un état qu’il prétend abominer ou le mécénat d’entreprises qu’il s’empressera de dénoncer pour cajoler son image de contestataire.

ce n’est pas abdiquer, c’est faire, ceci, quelle que soit la situation. faire, y compris en état d’urgence.  comme de coutume, le matériel nécessaire, je me débrouillerai pour l’acquérir par un peu de travail alimentaire. puisqu’aussi, le spectateur et le lecteur considèrent qu’il faut rémunérer la distraction, mais pas l’invention.
et finalement, aujourd’hui, depuis ce début XXIème siècle, il y a quelque chose de rassurant et même de gratifiant à pratiquer une activité qui n’est pas assimilée à du travail qui vaut rémunération. ce qui est salaire, par l’exploitation qui s’y masque en arrière plan devient immédiatement argent sale. aussi, comme la plupart du temps, le lecteur et le spectateurs sont des idiots, ils répètent l’exploitation qu’ils subissent.
ce que je fabrique, n’est pas un produit culturel, ma colère n’est pas un biais marketing. je refuse toute compromission.
mais je dévie.

depuis Paris, j’avais commencé à photographier des chantiers et des chaises vides dans des lieux incongrus. finalement, la série est devenue assez conséquente. je pense commander des tirages dans quelques jours.

il y avait par ailleurs ce très vieux projet de revue. il a pris une autre forme depuis la vie avec H., quelques rencontres, beaucoup de discussions et la découverte de la presqu’île de Caen dont je suis désormais absolument passionnément amoureuse. Sale Bête, collectif protéiforme est né il y a une petite semaine. il s’attachera à faire vivre avec les moyens du bord les lieux abandonnés : ceux de l’intelligence et de l’invention. des publications, des expositions, des concerts, des rencontres où l’on fait fonctionner sa cervelle, voilà pour le contenu.
le site du collectif est actuellement en fabrication. on y trouvera les annonces des événements, un suivi des montages de projets. la revue et probablement des livres y seront téléchargeables au format pdf. nous commencerons donc avec des frais de fonctionnement réduits pour nous concentrer sur la qualité de contenu et non des idioties comptables.

je donnerai évidemment l’adresse du site ici. et parlerai de ce qu’est pour moi le montage de ce projet.

vite fait.

il y a  quelques jours, un embryon de discussion avec Ar. me ramène à penser l’image comme je la fais, comme elle se donne à ma manière de voir. je ne déplace pas les objets que je photographie, telle chaise ou telle autre chose s’impose à mon regard habitant l’espace qui l’entoure. les objets ont une extrême présence en crevant ou accompagnant la géométrie des pièces qui les contiennent. le vide les rend massifs, pleins, éloquents. ils renvoient à l’humain devenu creux et vide, à l’humain absent. les images publiées dans le photoblog suivent cette obsession.

le rythme de lecture s’est ralenti au profit des concerts et aussi parce que nous avons souvent du monde à la maison. je note tout de même :
Abbé PREVOST, Manon Lescaut, (Livre de Poche)
Jean ECHENOZ, Les Grandes blondes, (Minuit)


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